A PROPOS
Photographe indépendant,
L’image n’est jamais une simple trace : elle est pensée, ressentie, offerte au regard comme une matière vivante.
Je cherche à tisser une œuvre nourrie par l’expérience sensible du paysage, où chaque image naît d’une une attention profonde au monde mêlant intériorité et récits silencieux. J’explore la manière dont le temps se déploie — ralentissements, accélérations, attentes, effacements — et à travers ces variations, je tente d'ouvrir un passage vers un récit sensible et investi.
Le paysage devient alors le témoin des mouvements du monde, révélateur de nos gestes, de nos responsabilités et de notre manière d’habiter ce qui nous supporte. Je traverse les formes de la photographie sans m’imposer de limites, sans dogmes, convaincu que regarder est déjà une prise de position ou peut-être comme le dit Jean Marc Besse dans « La nécessité du paysage » :
« Peut-être faudrait-il envisager le paysage comme faisant partie des « choses communes » de « choses sans maîtres », à savoir des « choses » qui n'appartiennent à personne et dont l'usage est commun à tous.... Il serait l'indication de ce que le monde terrestre ne pourrait pas être territorialisé. Plus encore, il viendrait nous rappeler que nous ne pouvons pas disposer du monde terrestre à notre guise, et que celui-ci, ainsi que les choses et les êtres qui s'y trouvent, ne peuvent pas être considérées uniquement comme des biens appropriables. Il faudrait au contraire, comme nous invite le paysage, penser positivement l'indisponibilité du monde. »
Marcher, avancer, m’interrompre sont pour moi des manières de composer avec la complexité du réel. Dans cette traversée, le temps retrouve sa juste mesure : il oriente, décante, apaise. Il devient rythme.
Chercher un interstice, une respiration, une vitesse contraire, c’est tenter de comprendre comment l’image peut accueillir plusieurs temporalités et offrir une lecture sensible de ce qui nous entoure.
La vitesse, obsession discrète mais constante, est une donnée de lecture du paysage.
Face à un paysage, une architecture ou un visage, les vitesses superposées troublent l’évidence du sujet. La lumière, les couleurs et les lignes deviennent alors des alliées pour démêler ces tensions. La distance joue un rôle central : elle ajuste, propose un espace entre l’image et le regardant, donne des temps. La lumière d’hiver, calme, révèle ce qui demeure ; les couleurs et les lignes suggèrent des rythmes à chaque élément, et la distance crée l’espace où ces vitesses peuvent se poser.
Dans un monde qui commence à envisager les paysages du risque, les vitesses s’entremêlent, l’idée de ralentir, de revenir à ce qui relie, interroge un paradoxe pour une survie.
Nous sommes peut-être arrivés à un moment de l'histoire de la photographie où il ne s'agit plus seulement de comprendre l'existant à la manière de la DATAR ou de Walker Evans mais d'examiner la distance qui nous sépare du probable et la rapidité avec laquelle nous nous en approchons, pour tenter de répondre à cette équation paradoxale : comment accélérer pour arrêter ?